Réinventons Modane de demain : faire d’une ville de passage une destination choisie

Modane traverse une période charnière de son histoire. Entre les travaux du Lyon-Turin, les effets du réchauffement climatique et l’évolution du rôle de la gare, notre commune fait face à des transformations profondes. Ces changements suscitent des interrogations légitimes. Ils peuvent aussi devenir les leviers d’un nouveau modèle de développement, plus durable et plus attractif.

Modane d’aujourd’hui

Après des années de gestation, le projet TELT (Tunnel Euralpin Lyon Turin) avance de manière concrète. Il marquera notre territoire pendant une décennie. Les nuisances sont réelles : trafic accru de poids lourds, perturbations temporaires du quotidien, inquiétudes liées à l’ampleur des travaux. Il serait inutile de les minimiser. Mais ces chantiers préfigurent aussi un basculement majeur : à terme, une part significative du fret routier sera transférée vers le rail. Pour la vallée de la Maurienne, cela signifie moins d’émissions de CO₂, moins de particules fines et une amélioration durable de la qualité de l’air.

Au-delà de l’enjeu environnemental, cette période doit être mise à profit pour préparer l’avenir. Les moyens financiers et la dynamique économique générés par ces travaux doivent soutenir nos projets structurants. L’objectif est clair : transformer une phase transitoire contraignante en tremplin pour le futur.

Modane de demain

Le réchauffement climatique constitue un autre défi structurant. Il interroge naturellement l’avenir des stations de ski. Valfréjus, grâce à son altitude culminant à 2 700 mètres, dispose encore de perspectives solides pour les décennies à venir. Cet atout doit être assumé, tout en préparant l’adaptation nécessaire de notre modèle touristique. La montagne ne peut plus être pensée uniquement en saison hivernale. Modane doit affirmer son rôle de porte d’entrée de la Haute Maurienne Vanoise toute l’année, en développant l’attractivité estivale, les mobilités douces et les activités de pleine nature.

Le changement climatique ouvre également une réflexion plus large. De nouveaux flux de population apparaîtront dans les prochaines années : des familles en quête d’un environnement préservé, d’un accès à l’eau et d’un cadre de vie plus stable. Modane peut devenir un territoire d’accueil. D’abord pour des séjours courts, puis, si les conditions sont réunies, pour des installations durables. Cela suppose d’anticiper dès maintenant les besoins en logement, en services et en emploi.

La transformation du rôle de la gare suscite elle aussi des interrogations. Historiquement, la douane, les flux transfrontaliers et l’activité ferroviaire ont structuré notre développement économique et social. Le Muséobar rappelle combien la Maurienne a toujours été une vallée de passage.

Avec le tunnel Lyon-Turin, certains craignent que cette fonction décline. Pourtant, cette évolution peut être l’occasion de redéfinir notre identité. La gare doit rester un atout stratégique, non seulement pour les mobilités quotidiennes des habitants de Modane et de la Haute Maurienne, mais aussi pour le tourisme. Les trains saisonniers ne doivent pas se limiter aux « trains des neiges ». La montagne d’été, les séjours culturels et sportifs, les événements doivent s’inscrire dans une stratégie d’accessibilité ferroviaire renforcée.

Depuis toujours, Modane s’est développée grâce aux flux. Lorsque les frontières se sont ouvertes ou que le passage à l’euro a modifié les pratiques, la commune a dû s’adapter. Aujourd’hui, il ne s’agit plus seulement d’accueillir ceux qui passent, mais d’attirer ceux qui choisissent de rester. Faire de Modane-Valfréjus une destination en elle-même suppose de travailler en profondeur sur l’attractivité résidentielle.

Cette attractivité repose d’abord sur la qualité des services. La présence d’équipements publics, d’une maison de santé, d’écoles rénovées, de commerces et d’une offre culturelle contribue à donner confiance aux familles. Les grands projets engagés, notamment autour de la gare et des réseaux de chaleur, participent à cette modernisation nécessaire.

Elle repose également sur le cadre de vie urbain. Relier les quartiers entre eux à pied et à vélo, sécuriser les parcours, améliorer l’accessibilité pour les personnes à mobilité réduite ne sont pas de simples aménagements techniques : ce sont des choix de société. Une piste piétonne traversant Modane, des cheminements mieux signalés vers Valfréjus, une passerelle entre Loutraz et le centre-ville ou encore la requalification du pont supérieur participent d’une même vision : rendre la ville plus fluide, plus agréable, plus sûre.

La végétalisation constitue un autre axe essentiel. Repenser la place de la mairie en y intégrant davantage d’arbres, transformer le Replaton en véritable havre de tranquillité avec des aménagements légers et respectueux de l’environnement, favoriser la biodiversité par la replantation d’essences locales : ces orientations répondent à la fois aux enjeux climatiques et au besoin croissant de nature en ville.

L’attractivité passe aussi par l’habitat. Accompagner la rénovation des façades, envisager la construction d’immeubles de taille modérée, moderniser certains secteurs en déclin tout en maîtrisant la densité : ces choix doivent permettre d’accueillir de nouveaux habitants sans dénaturer l’identité de la commune. La solidarité n’est pas oubliée, avec la perspective d’un foyer destiné à de jeunes femmes avec enfants.

Enfin, le développement local doit s’appuyer sur une économie de proximité. Favoriser l’installation de maraîchers autour de Modane, encourager les circuits courts et les marchés de proximité, démocratiser le compostage et améliorer la gestion des déchets participent à une logique d’autonomie et de responsabilité.

Les défis sont nombreux. Les incertitudes aussi. Mais l’histoire de Modane montre sa capacité d’adaptation. À l’heure où la vallée pourrait ne plus être seulement un lieu de passage, nous devons construire un modèle où l’on vient pour vivre, pour travailler, pour s’installer.

Réinventer Modane, ce n’est pas tourner le dos à son passé ferroviaire et frontalier. C’est s’appuyer sur cette histoire pour écrire une nouvelle étape, fondée sur la qualité de vie, la transition écologique et l’attractivité durable.